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MessagePublié: 20 Déc 2011 19:29
Sujet du message: Le Cheval de Turin

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Le Cheval de Turin

A Torinói ló

de Béla Tarr


Résumé: En Janvier 1889, à Turin, Nietzsche (le pote d'OJS), voyant un cheval se faire maltraité par son cocher, lui saute au cou et lui fait un gros câlin, puis devient fou (ben oui, qu'est-ce que vous voulez, c'est la vie). Qu'est devenu le cheval? Il est rentré chez lui, avec son cocher, qui vit avec sa fille, et n'a plus jamais voulu repartir, obligeant le vieil homme à rester cloîtré chez lui.

Mon Avis:
(attention, spoilers) Et en restant cloîtré chez lui, il est condamné à la routine, à la répétition des mêmes gestes, et à se faire chier. Le film est quand même principalement basé là-dessus, sur le fait que lui et sa fille se fassent chier. C'est un des films les plus chiants que j'ai jamais vu. C'est LE film le plus chiant que j'ai vu. Mais, c'est aussi le film qui m'a démontré le plus magistralement à quel point le fait que ça soit chiant a peu d'importance pour la qualité du film. Tout est dans la lenteur: les plans sont très très longs (doit y en avoir une trentaine dans tout le film, tous séquences), l'action presque inexistante, les dialogues rares.
Ils sont enfermés dans leur cabane de merde, au milieu de nul part, style apocalyptique, des collines de poussières, une tempête faisant rage, déplaçant les feuilles mortes dans tous les sens, le tout souligné par un noir-et-blanc déprimant.
Le film est divisé en 6 jours. Tous les jours, c'est le même rituel: la fille se réveille, sort péniblement dehors alors qu'un vent à décorner les boeufs pour chercher de l'eau au puits, habille son père qui ne peut plus utiliser sa main droite, il boit de la palinka, ils sortent pour atteler le cheval, il ne veut pas sortir, il rentre, elle fait cuire des patates, ils mangent les patates, ils se font chier comme des rats morts jusqu'au soir, la fille (ou le père) regarde le vent par la fenêtre, elle déshabille son père, il se couche, elle se couche.
L'utilisation de la répétition des mêmes gestes est déchiffrable: les trois premiers jours, tout se répète, un homme vient les avertir que c'est la fin du monde le deuxième jour, des gitans essayent de voler l'eau de leur puits le troisième jour, leurs vies n'ont plus d'intérêt, mais ils gardent l'espoir que la tempête s'arrête, et ils vivent encore: tant qu'y a d'la vie, y a d'l'espoir. Mais le quatrième jour ! Ô horrible quatrième jour: y a plus d'eau dans l'puits ! Ils essayent de s'enfuir. Ils font leurs valises, partent, mais reviennent pour des raisons qu'on ignore (la fin du monde de l'homme mystérieux a-t-elle eu lieu? peut-être qu'il n'existe plus rien dehors...), refont leurs affaires. Le cinquième jour, ils ne font plus rien, car il n'y plus rien à faire. Ils ne peuvent que mourir. L'obscurité s'installe sur la Terre, ils tentent de manger des patates le sixième jour, fondue en noir, le film est fini, ils sont mort.
Ils passent leur temps à faire, défaire, refaire des trucs dans ce film: habiller le père, déshabiller le père, atteler le cheval, désatteler le cheval, se lever, se coucher...
Il y a pleins d'éléments intéressants dans ce film: les décors oppressants, tout pourri, tout détruit, en miettes, qui attaquent les personnages, comme si ils voulaient les chasser, les plans de cinq minutes sur une porte, l'animalisation du père, les différences pour les repas (le premier jour, on voit le père manger, le deuxième la fille, le troisième les deux, le quatrième, personne ! Le cinquième, personne ! Le sixième, les deux, avant de s'éteindre), la soudaine obscurité à la fin du cinquième jour, tous les éléments qui sont chiants (que ce soit "chiant-ennuyant" ou "chiant-embêtant") comme quand des objets tombent, les utilisations des lumières, reflétées.
Car oui, ce film est magnifique: Béla Tarr est un véritable peintre, le père un portrait digne d'un Edvard Munch, les décors, aussi. Pour résumé, regardez l'affiche, vous verrez cette utilisation de la beauté du chaos, de la destruction, ça me fait penser à la Crète, tiens.
Au final, je me suis pas (trop) fait chier: y avait tellement de truc à dévorer dans ces images que je m'ennuyais assez raisonnablement, même si en fait c'est surtout dû à la taille de l'écran de ciné, peut-être que ça aurait été horrible à s'en tirer une balle dans la tête sur une télé.

Ce que je n'ai pas aimé: Nietzsche, qu'on ne voit pas une seule fois du film, et qui donne l'impression d'être là juste pour justifier l'existence du film, comme si une œuvre avait besoin d'une raison d'exister, puis la voix-off en générale, qui décrit des choses qu'on voit pas, comme si elle avait été rajoutée à la fin pour donner plus de cohérence au récit, ou pour économiser des plans.
Faut dire qu'il faut partir voir ce film avec l'idée que c'est un film conceptuel, un film qui essaye de capturer le moment où tu te fais chier. Et ça, c'est complétement réussi.
Au fait, pourquoi le cocher qui est censé être italien (puis qu'il conduit un cheval à Turin) parle-t-il hongrois?

D'ailleurs, puisqu'on en parle, je pense pas que quelqu'un réponde à ce message, parce que franchement, je crois que le nombre de personnes qui l'ont vu dans toute la France doit pas dépasser le millier. Déjà, moi, j'ai du prendre un ticket de train pour Paris (il faisait aussi métro pour toute la journée), puis j'ai du chercher le MK2 de Beaubourg pendant deux heures, perdu que j'étais aux Halles, pour finalement atterrir juste en face du Centre Pompidou. Et comme j'avais encore une heure, j'ai du chercher désespérément un café économiquement abordable et pas bondé. Par contre, j'ai pu profiter du temps libre pour prendre un abonnement à la cinémathèque et ça c'est cool.
Le ciné aussi il est cool. Il passe plein de bons films et les fauteuils sont supers confortables.
Y a deux personnes qui sont sortis durant le film. Y a des cons: déjà, faut être con pour aller voir ce film sans savoir qu'il est chiant, mais en plus, sortir d'une salle alors qu'un film a déjà commencé, sans voir le film jusqu'à la fin, c'est d'un irrespect.
En revanche, j'ai été totalement bluffé par le nombre de personne qu'il y avait: sur une salle de 40, devait y en avait 30. Je croyais qu'il y en aurait 5.

Le mot de la fin? Bah, excellent film, en dépend de son incroyable chiantitude. Mais suffit pas de mettre deux personnes dans une maison pourrie avec du vent et de filmer ça avec des plans d'une demie-heure pour faire le film le plus révolutionnaire du millénaire.

Spoiler [Révéler]:
 
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L'annonceur de l'apocalypse.
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Le père endormit, sur son lit pourri, avec ses murs pourris, l'image coupée par une poutre.
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Regarder par la fenêtre.
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La lumière encore allumée.
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Le cheval, le vent, la poussière.
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La Crète (HS)

_________________
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Le Mono'News, et bah c'est mieux que le Simpson Times. Na.
mmôôberrrgbeuwarrrrrghhhhhh


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