Avant-propos : Je vous somme de regarder les 8 épisodes de cette série. Fin du communiqué.
Fiche de la série : Créateurs : David Greenwalt et John McNamara Année : 1996 Acteurs principaux : Adrian Pasdar, Lisa Darr, Lisa Zane, Lisa Blount, Keith Szarabajka, Jack Gwaltney (ouais ça fait beaucoup de Lisa) Résumé : Jim Profit est le nouvel employé chez Gracen & Gracen, l'une des sociétés les plus puissantes des Etats-Unis. Dénué de sentiments ou de remords, il est prêt à tout, absolument tout, pour évincer ses concurrents et grimper les échelons dans sa compagnie.
Un portrait à accrocher dans son bureau
Mon avis : J'ai découvert Profit l'an dernier, en cours de Cinéma US des 80's, cours par ailleurs génial qui m'a marqué de par tous les extraits de films géniaux et dans mon genre qu'on a vus. Pour moi, Profit c'était la série dont le menu du DVD français est en orange et bleu (ce qui est marrant, c'est qu'on avait évoqué ça avec la prof de critique le matin-même), mais aussi celle qui a été déprogrammé assez vite, ce que notre prof a expliqué par le caractère choc de la série j'imagine, mais a aussi mis en lien avec un extrait qu'il nous a passé juste après, où Jim Profit embrasse une femme juste avant de l'appeler "mom". Les extraits ont suffi à ce que je sois intéressé, surtout qu'à cause de sa déprogrammation rapide, Profit ne dure que 8 épisodes. Je pensais donc que je la regarderais prochainement. C'était à la fin de l'année scolaire dernière, soit il y a 5 ou 6 mois. Ce qui a avancé mon visionnage de la série, heureusement, c'est le fait que je trouve l'intégrale en DVD dans une brocante, pour 1€. En réalité, j'ai demandé le prix à un type qui, visiblement, n'était pas le propriétaire des DVD mais quelqu'un tenant simplement le stand. Vu la minceur du coffret il a cru que c'était un film, et donc que c'était 1€ et non 3. J'avais quelques remords (décidément, je ne serais pas un bon Jim Profit), mais j'en ai encore plus maintenant que j'ai vu à quel point Profit est une série géniale.
L'éditeur français l'a compris en notant "l'intégrale de la série qui a choqué l'Amérique" : il faut vendre du choc ! C'est un des éléments phares de Profit, bouleverser le paysage audiovisuel. Comme beaucoup l'ont fait remarquer, Profit est une série en avance sur son temps, c'est ce qui fait qu'elle est si bonne aujourd'hui, et qu'à l'époque elle a été rejetée. Aujourd'hui, avec des séries comme Californication ou Dexter (surtout que celui-ci est très inspiré de Profit), l'immoralisme du personnage est accepté et même c'est ce qui fait qu'on les aime, et à l'époque de Profit c'est ce qui a dérangé, alors même qu'on est au même niveau, en dehors peut-être du fait que visiblement en ce temps on ne pouvait pas montrer de seins nus, même sur une chaîne câblée. EDIT : Non en fait, même Hank Moody ou Dexter n'ont pu égaler Jim Profit. Ils gardent quand même une once de sens moral, pour faire plaisir à un public qui veut s'acoquiner mais pas trop, alors que Profit ne fait aucun compromis, c'est un connard et c'est tout, il n'a pas de limite, il ne cherche pas à faire le bonheur de sa fille ou à tuer des méchants, lui !
Dès le pilote d'1h30, la durée d'un film, Jim Profit embrasse passionnément une femme avant de lui dire "Hi, mom", juste avant une coupure pub. Lu sur le net :
Citer:
La légende veut que plus de la moitié de l'audience se soit effondrée dès la première coupure pub du pilote lorsque le héros embrasse goulûment une femme qu'il appelle "Mom".
Et encore, en fait c'est sa belle-mère, selon les souhaits de la Fox. De nos jours, ça passerait facilement. Enfin, une belle-mère qui est une prostituée, se shoote à l'héro, et fait du chantage à son fils tout en continuant à entretenir une relation sexuelle avec lui. Ce qui est marrant, c'est qu'alors qu'on comprend très bien que Bobbi est une pute, on ne dit jamais ce terme, tout comme on ne fait parle pas trop explicitement de sexualité et il n'y a aucune nudité complète dans la série. Ca ne retire en rien sa qualité à Profit, mais c'est marrant de voir comme la série était entre deux époques.
Parmi ce qui aurait provoqué l'annulation de la série aussi, selon notre prof, c'est que Jim Profit ait été élevé dans une boîte en carton, avec une ouverture uniquement sur un poste de télévision. Je ne pensais pas que ce serait aussi direct, mais un personnage le dit, comme ça, "Il a été élevé par la télévision". Via certaines répliques, la série présente le profil de plusieurs personnages dérangés : le frère que Pete décrit comme prêt à tout pour le battre, même se mettre des agrafes dans la tête et l'accuser lui auprès de leur mère, quand ils étaient gamins ; ou un prêtre pédophile qu'évoque Joanne, l'enquêtrice de la compagnie, qui par ailleurs a une soeur qui voulait l'étrangler dans son sommeil étant gamine. En fait, tous les personnages ont leurs vices plus ou moins gros, et ceux-ci sont exploités par le plus dysfonctionnel et taré de tous : Jim Profit. En fait, dès l'épisode 1, j'ai pensé trois choses : 1)Je me voyais déjà mettre 9/10 sur Senscritique. 2)Jim Profit est mon nouveau héros. 3)Jim Profit est nominé pour être le plus gros connard de l'univers. Et c'est pas rien parce que jusque là dans mon classement il n'y avait que Freddy Krueger et Pennywise, deux méchants aux pouvoirs surnaturels.
Jim Profit, c'est le roi de la machination, des complots, des calculs, des coups bas ; il est prêt à tout, vraiment tout, pour arriver à ses fins. On le voit s'en prendre à quelqu'un avec qui il semblait bien s'entendre au début du même épisode, et il reste hypocrite en soutenant la personne une fois qu'elle est dans la situation de merde dont il est en réalité responsable. Et en plus, la victime dit que Jim va lui manquer. Jim devient l'ami de son supérieur, Chaz, parce que ça l'arrange, il lui fait un sale coup, et en même temps on le prend pour un "sauveur". N'étant pratiquement pas humain, Jim Profit ne semble pas avoir d'émotions, de sentiments, et il m'est d'avis que tous ceux dont il fait preuve sont faux. Toutes les relations qu'il établit en tout cas, elles sont pensées de sorte à lui servir par la suite. Quand il "rend service" à Gail Konner, il s'achète en fait une faveur, et le pire c'est qu'après elle tombe dans les bras de Jim pour être réconfortée. Il la promeut en faisant d'elle son assistante ensuite ; mais est-ce un bien ? Gail m'a paru oublier un peu vite sa morale au départ, devenant vite l'assistante parfaite de Profit, mais heureusement il y a un épisode qui se penche sur elle et traite de ces traces de remords qu'elle peut avoir, et qu'il faut effacer. Jim, en... gros connard qu'il est, la teste. Et elle "réussit" ce test, quoique je pense que tout était sous contrôle pour Jim Profit et qu'il considère qu'elle a passé le test alors qu'il devait savoir depuis le départ comment elle réagirait, à savoir qu'elle ferait ce qu'il veut. Car Jim Profit prévoit tout, ses plans sont sans faille. Du coup, Jim Profit n'est pas seulement un monstre, il transforme aussi les autres en monstres, en se servant d'eux, en jouant avec leurs émotions et leurs défauts. Il fait ça avec son assistante, mais aussi sa maîtresse, qu'il pousse indirectement à laisser mourir quelqu'un. C'était tellement bon, l'aboutissement de ce plan machiavélique et recherché de Profit, que j'ai applaudi, bluffé.
La série aurait peut-être exploré la question plus tard, mais je ne pense pas que Profit soit honnête avec son assistante non plus, aussi fidèle et serviable qu'elle soit, car bien que Profit ait l'air de la prendre sous son aile, fier de la voir réussir son "test", il lui ment, comme à tout le monde, du moins c'est ce que je pense quand on le découvre au chevet de la mère de Gail, disant qu'il vient la voir régulièrement. Evidemment, on le voit faire ça juste avant qu'il ne réclame à Gail un service. Elle ne s'en rend peut-être pas compte, ou alors elle se leurre, ce qui est normal car le doute n'est pas levé même pour le spectateur, mais Jim Profit n'a certainement d'affection pour personne, et ce qui peut ressembler à de l'attachement n'est en fait, encore une fois, que le résultat de calculs dans son intérêt. Jim Profit se force à se montrer sympathique avec certains, à séduire, en un sens il se fait violence, ce que je mettrais en lien avec la fois où il se fait souffrir volontairement pour passer un test au détecteur de mensonges. En ce sens, je le comparerais à Madame de Merteuil dans les Liaisons dangereuses, "se fait violence", et assimile la douleur d'une fourchette plantée sous les ongles à celle qu'elle subit en se montrant aimable avec certaines personnes, par hypocrisie. En tout cas les deux sont des calculateurs, et je vois très bien Jim Profit comme un Merteuil, ou un Valmont, au 20ème siècle.
"The sickest son of a bitch on the face of the earth", c'est comme ça que Joanne, l'enquêtrice de G&G qui met souvent des bâtons dans les roues de Profit, décrit ce dernier. J'aime sa vision des choses. Et de la part de Sykes, on a droit à ce questionnement, qui résume bien les choses : "C'est à cause de Profit ?" Mais tout est à cause de Profit ! Et Pete Gracen, naïf, de répondre "Profit n'est au courant de rien". La bonne blague ! En fait en VO Sykes dit "did Profit get to you ?", mais je trouve que l'erreur des sous-titres FR donne une phrase à la signification plus juste. Ce qui est génial, et sans quoi la dépiction de Profit ne marcherait pas aussi bien, c'est qu'alors qu'il agit comme un énorme connard envers tout le monde, la moitié le considère comme un bon employé, un ami, voire un amant. Il y a cette réplique marquante dans l'épisode 1 : comme Profit est le nouvel employé dans le service, le boss lui dit "donc vous êtes le seul ici à qui je peux faire confiance". Mais en réalité, avant même d'être entré dans ce service, Profit a déjà foutu la merde pour son propre bien. Et en plus de tromper tout le monde, et d'échapper aux accusations, d'un coup de "si je peux me permettre..." il rajoute une couche de culot pour faire une proposition en sa faveur, ce qui veut aussi dire généralement en la défaveur de quelqu'un d'autre. Voilà, ça, c'est Jim Profit.
Il se passe tant de chose dès le pilote, et déjà là j'attendais de voir ce que ferait Jim Profit, quel serait son prochain coup bas. Ce que j'aurais reproché à un certain moment, c'est que les scénaristes font tout pour arranger le protagoniste : dès qu'il a un adversaire, Profit connaît ses défauts, et a de quoi le manipuler ou le faire chanter. Quand on apprend que Joanne va voir un psy, voilà qu'on apprend aussi que Profit a mis le médecin sous écoute depuis 2 mois et il sait qu'il a couché avec 5 patientes, dont 2 internées. On ne sait pas parfois comment il obtient ses infos ; quand Sykes appelle un policier, on ne sait pas comment Profit peut rappeler Sykes juste après en connaissant l'objet de la conversation qu'il vient d'avoir. Ce qui fallait au bout d'un moment, c'est de voir Profit avoir des failles lui aussi, et ne pas réussir automatiquement, mais c'est un peu le cas dans l'épisode 7, bien que d'ici la fin de l'épisode il a réussi à se venger d'une traître et éviter le pire. On pourrait reprocher un peu de facilité à la série : pour faire comprendre au spectateur qu'un homme a probablement tué sa femme, on a droit à un policier qui dit que personne ne l'a interrogé, et juste après fait remarquer comme c'est bizarre que tout le monde ait dit que sa femme était une bonne nageuse, alors qu'elle est morte noyée. Ils sont un peu cons, ces policiers... J'ai aussi lu sur internet quelqu'un parler de la pauvreté psychologique des personnages. J'aurais pu m'accorder là-dessus au début pour Gail, avant qu'on ne découvre ses hésitations lors du "test", mais ça doit surtout s'appliquer à Profit. Avec le recul, je me demande ce que doit être la motivation de ce personnage, qui est une coquille vide de toute émotion. L'argent ne devrait pas être une de ses préoccupations. On n'est pas sûr non plus que son motif soit la vengeance... Non, en fait, on ne sait pas. Peut-être qu'on en aurait su davantage plus tard dans la série. Et il faut aussi se demander comment Profit peut avoir le temps de bosser, en plus de manigancer en permanence, mais de toute façon dès le départ je n'ai pas pris Profit comme une série réaliste, sans quoi justement elle n'aurait pas pu bâtir ce personnage immense de connard ultime. Car pour arriver à un tel niveau, il faut dépasser les limites du possible. Et puis, heureusement que la série se concentre uniquement sur les machinations de Jim, sans quoi dans ce monde de l'entreprise, j'aurais été perdu par les intrigues, or au contraire Profit est une série très facile à comprendre malgré le contexte dans lequel se place l'action.
La série a aussi un peu vieilli, par exemple les CGI qui modèlent le bureau en 3D sont un effet moche et ridicule en plus d'être assez peu utile, et il y a des détails qui tuent, comme les cheveux en bataille de Profit quand il est posé, chez lui, qui sont trop fakes et qui donnent vraiment l'impression de dire qu'un assistant a passé sa main dans les cheveux d'Adrian Pasdar exprès pour qu'il ne soit pas bien coiffé. Et le fait qu'il ne faille pas montrer de nudité donne des résultats un peu bizarres des fois, comme lorsqu'un objet reste dans le cadre au premier plan tandis que Jim se déplace tout nu dans son appart. Est-ce qu'Austin Powers s'en serait inspiré ensuite ? En tout cas ça ne m'a nullement empêché d'apprécier pleinement Profit, dont le fond, et l'aspect machiavélique de ses intrigues, n'ont pas pris une ride. Faudrait aussi que je félicite les acteurs, tous vraiment bons. Adrian Pasdar est parfait pour jouer Jim Profit : il a un air classe mais sévère, un regard expressif, et une mâchoire bien carrée qui donne l'impression de quelqu'un qui domine, prêt à écraser les autres, à les dévorer. J'ai bien aimé Lisa Darr dans le rôle de Gail, et Keith Szarabajka en tant que Chaz, surtout qu'à un moment ou un autre ils montrent une facette différente et inattendue de leur personnage qui ne résume plus leur jeu à une seule expression austère ou sérieuse.
Je me suis dit à un moment que si la série avait continué, elle aurait eu du mal à la longue à se renouveler et à rester au même niveau, notamment si il n'y avait pas plus de challenges de plus en plus compliqués pour Jim Profit, mais si la série avait réussi, elle serait facilement devenue une de mes favorites. Mais comme elle a été abrégée, elle laisse une très forte impression, et demeure comme une promesse de quelque chose qui aurait pu devenir encore plus génial. Pendant 5 jours, j'ai été accroché par cette série, et je sens que Jim Profit va me manquer, non pas comme un personnage auquel on s'est attaché, car je ne sais pas si c'est possible avec quelqu'un d'aussi antipathique, mais plus comme une figure d'idole qu'on aime voir agir régulièrement. Tellement c'est un gros connard, vous savez... J'aurais souhaité que les scripts des épisodes suivants soient disponibles sur internet, mais ce n'est pas le cas je pense ; il faut donc se rabattre sur les grandes lignes dévoilées par les créateurs de la série dans des commentaires audio absents des DVD français, mais qu'on peut lire sur wikipedia : http://en.wikipedia.org/wiki/Profit_(TV_series) Jim Profit devait devenir un personnage de la série Angel... putain rien que pour ça je crois que j'aurais regardé Buffy puis Angel...
Et ça, c'est triste :
Citer:
Stephen J. Cannell reportedly was "shopping" a revival of Profit around July 1996, and said that the cable network Showtime had "shown some interest". A Showtime original series with some similarity to Profit called Dexter premiered 10 years later in 2006; since then, Dexter has received numerous awards and widespread critical acclaim. Lisa Darr, who portrayed Jim Profit's assistant Gail Koner, had a small role as a defense attorney in the fourth season premiere episode called "Living the Dream". In the episode she is cross-examining Dexter Morgan and completely destroys Dexter's credibility on the stand.
... triste que la série n'ait pas pu continuer sur une autre chaîne.
Si j'avais plusieurs DVD de Profit, je les aurais prêtés à plusieurs personnes, pour les "forcer" à regarder cette série de dingue. Tiens, pour parler un peu du coffret français : -On a un transfert avec les noms au générique en français, ce qui veut dire qu'il vient de vidéos en français. J'aurais préféré que l'éditeur Free dolphin récupère les épisodes du DVD US, pour avoir la même qualité vidéo, car là on a des imperfections à l'image, particulièrement marquées dans le premier épisode, où on a carrément des sortes de bandes vidéos noires et blanches en haut de l'image à un moment. J'avais jamais vu ça sur un DVD auparavant. L'entrelacement est aussi très marqué, mais je sais pas si on pouvait y faire grand chose. -Les sous-titres sont approximatifs par moments, et des fois il y a des majuscules au milieu d'une phrase, sans raison. Pareil, j'avais jamais vu ça sur un DVD auparavant. -On n'a pas les commentaires audio. En échange, on a un documentaire de 20mn réalisé par la chaîne Jimmy. J'attends de le voir, j'espère qu'il est bien. J'aurais voulu les commentaires audio ! Peut-être que pour une fois, je les aurais écoutés (moi qui n'en ai écouté qu'un dans ma vie, d'un épisode de Futurama de 20mn).
Je remercie quand même Free dolphin pour avoir sorti un DVD en France. Et il y a un livret sympa, écrit par le même mec que pour ceux d'X-files je crois ; vais lire ça.
Le générique de début, kitsch et trop cool à la fois :
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