Fiche du film : Réalisateur et scénariste : Steven Soderbergh Année : 1989 Genre : Drame Acteurs principaux : Andie MacDowell, James Spader, Peter Gallagher, Laura San Giacomo
Mon avis : "Sexe, mensonges et vidéo", un titre que je connaissais via les nombreux dérivés, dont ce film qui a l'air bien pourri traduit en français "Sexe, lycée et vidéo", la compilation des Simpsons nommée "Sexe, mensonges et les Simpson", ou encore le film Suédois "Sex, logner och videovald" dans lequel joue le réalisateur d'Evil Ed. Je pensais regarder un Argento en fait, mais il s'est avéré qu'il était en VF, je me suis rabattu sur Sexe, mensonges et vidéos, et je me suis rendu compte juste avant que je ne savais rien à son propos. J'ai appris qu'il avait eu la palme d'or, et était réalisé par Steven Soderbergh, bien loin de ce premier long-métrage maintenant avec ses Traffic ou Ocean's je ne sais combien. Et la raison pour laquelle je me suis penché sur ce film primé, c'est parce que j'ai décidé de regarder My big fat independent movie, mais je souhaite auparavant voir la plupart des œuvres qu'il parodie.
Je n'ai pas cherché à connaître l'histoire ou à lire le résumé non plus, et heureusement, car ce n'est pas un film où il faut s'attendre à quoi que ce soit de précis. Il s'ouvre par une route qui défile filmée en gros plan, puis une femme fait part de ses inquiétudes quant aux ordures ménagères qui, un jour, n'auront sûrement plus de lieu où être stockées. Le film est essentiellement basée sur les paroles, que ce soit celles d'une patiente à son psy, entre deux sœurs, entre un mari et sa femme, un mari et sa maîtresse, ou une femme mariée et un inconnu. Ils n'ont rien de bien spécial à se dire en réalité, dans le cas des amants d'ailleurs ils font remarquer plus tard qu'ils n'ont juste rien à se dire, et en effet jusque là ils ne se voyaient que pour coucher ensemble. Le film est aussi la plupart du temps dénué de musique, ou quand il y en a il s'agit d'un fond sonore indistinct pouvant s'assimiler au vrombissement presque imperceptible que l'on a l'impression d'entendre lorsque le silence est trop assourdissant, ou d'autres fois il évoque un léger malaise.
De quoi s'ennuyer alors ? James Spader ressemble beaucoup dans ce film à David Hemmings, de quoi me rappeler avec horreur l'oeuvre ultra-boring d'Antonioni, mais étonnamment, non, je ne me suis pas ennuyé. J'ai été vraiment pris par le film, au point de ne plus vraiment vouloir le quitter, moi qui rechignais un peu à le voir au début. Bien que bien moins funs que les dialogues de Pulp fiction, les répliques de Sexe, mensonge et vidéo m'ont tenu en éveil. Je ne saurais vraiment dire si c'est la voix d'Andie McDowell qui m'a retenu, ou même son doux visage que je n'avais jusque là pas remarqué au cinéma ? Je ne sais pas du tout ; le contenu des paroles n'avait rien de particulièrement intéressant, mais j'avais envie de connaître la suite, de voir où j'allais être mené. C'est vraiment curieux. Peut être que l'incertitude quant à l'identité de chaque personnage au début, et qui ils sont par rapport aux autres, a joué aussi. On n'est pas sûr avant un moment si c'est bien le mari d'Ann que nous voyons avec une autre femme, ni qui est cette femme avant que l'information ne nous soit fournie dans un dialogue anodin. Il n'y a qu'une réplique qui soit vraiment marquante en fait, c'est une citation de Graham, qui dit avoir lu que "les hommes apprennent à aimer la personne qui les attire, et les femmes sont de plus en plus attirées par la personne qu'elles aiment". Peut être que, comme dans la scène où Ann et Graham, l'ami de son mari, font connaissance alors qu'ils se retrouvent dans la même pièce, sans savoir que se dire et qu'ils se questionnent mutuellement par politesse, ce sont juste ces fragments issus d'une vie qui pourrait être réelle qui m'a plu, puisqu'en effet il y a de quoi rappeler des situations qu'on a forcément vécu au cours de discussions avec d'autres gens. Il y a tout de même quelques procédés cinématographiques qui ont pour but d'éviter qu'on décroche : une scène d'adultère en parallèle de la séance de psy et sur laquelle s'entend la voix d'Ann, et bien souvent on entend des phrases commencer avant l'arrivée de la scène auxquelles elles appartiennent.
Il y a aussi une scène présentée d'abord via l'enregistrement vidéo qui a été fait, et seulement après nous entrons dans le temps passé, celui de l'enregistrement en cours. Le titre fournit trois mots en lien avec le film, trois mots-clés à l'exception peut être du "mensonges" qui nous apparaît avec moins de force que les autres lors du visionnage, mais en tout cas on ne pourrait vraiment dire de quoi il en retourne rien qu'avec ça. En voyant le film non plus, certes. En tout cas, s'il y a un mot qui va attirer le public, c'est "sexe". Evidemment c'est ce sujet qui fascine, c'est ce qui donne tout son intérêt aux vidéos de Graham, qui filme des femmes tandis qu'il les questionne sur leur vie sexuelle. C'est un sujet qui rebute ou attire les personnages, en tout cas ils finissent tous par être intrigués. Ce n'aurait pas du tout été pareil si Graham avait posé des questions sur les engagements politiques de ses sujets. Le projet de Graham est déjà curieux, et en voyant la première cassette puis une interview en cours, j'ai été fasciné. Avec Ann plus tard, qui réclame à fait l'interview quand elle est au plus bas, on se rend compte comme ce procédé inhabituel libère les personnages. Ils placent leur confiance en Graham, et voient selon la situation où cela les mènent selon (jusqu')où il veulent aller. Une fois la caméra placée entre Graham et Ann, et le procédé enclenché, avec la série de questions qui va avec, une honnêteté dans leur dialogue est permise, et aménagée, puisque dans aucun dialogue normal ils n'en viendraient à dire ce qu'ils se disent dans cette situation.
James Spader a eu le prix du meilleur acteur à Cannes, et c'est mérité. Dans le dialogue le plus important avec Ann, vers la fin, son personnage se prend au jeu des questions, il est interrogé à son tour, et en dit un peu trop pour ne pas ne pas dévoiler malgré lui ce qui pourrait devenir embarrassant. Il hésite, mais place ses hésitations, ses rires gênés et ses questions inutiles pour gagner du temps aux bons moments pour donner un réalisme bluffant à la scène. On ressent totalement ce qu'il veut faire passer avec le réalisateur, comme quoi l'acteur a complètement compris son personnage et où le scénariste voulait en venir avec ses répliques. Avec ses réponses interrompues qui montrent qu'il ne sait pas que dire ni comment se défendre face à une interlocutrice qui l'a pris au piège avec ses questions et qui pose maintenant un regard de juge sur lui, on voit qu'il y a quelque chose derrière ce personnage, un fond concret auquel on ne peut accéder mais dont on peut sentir l'existence. Si le personnage hésite, on comprend parfaitement, par expérience, que c'est parce qu'il n'ose faire part de ses explications et intentions qui, il s'en doute, vont paraître ridicule pour la personne à qui il s'adresse. Par la suite les personnages nous échappent, on n'a pas toutes les réponses qu'on veut, Graham notamment parvient à éviter d'avoir à répondre sur certains points, on comprend simplement que les personnages comprennent un truc entre eux, et qu'il y a une suite logique dans les questions qu'ils s'échangent pour le scénariste, bien que je n'ai pu tout capter de leur signal. On en reste à des allusions, qui ont pu être comprises par Graham et Ann, entre eux, sans qu'ils le formulent clairement, mais ce n'est pas forcément clair pour quelqu'un d'extérieur. Je me suis efforcé de comprendre, quoiqu'il a fallu que je me rende sur Wikipedia pour lire les indices laissés par le résumé. http://en.wikipedia.org/wiki/Sex_lies_a ... otape#Plot Je crois avoir compris en tout cas que [spoiler]Graham n'est pas vraiment impuissant, il ne veut juste ne pas faire l'amour car il pense que ça nuit aux relations avec les femmes, dont Elizabeth, celle qu'il aimait et vers qui il veut revenir maintenant, jugeant qu'il a changé en faisant notamment ça. Ann lui dit qu'il est pathétique à faire ça, penser changer de cette façon, et tout ça pour revenir sur le passé.[/spoiler]
Où nous a mené le film, en fait ? Je ne sais pas, je ne sais même pas s'il a mené quelque part, et ce n'est pas grave, je me retourne vers le chemin parcouru et je suis satisfait.
PS : Ouaw les actrices filmées via la petite caméra de Graham deviennent horribles ! Je garde l'image d'Andie McDowell vue sur la télé 4/3, elle a l'air d'une démonne, je m'en ferai un avatar plus tard.
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