Fiche du film :
Réalisateur et scénariste : Shinya Tsukamoto
Année : 1989
Genre : Science-fiction / What the hell is going on ?!
Acteurs principaux : Tomorowo Taguchi, Shinya Tsukamoto, Kei Fujiwara
Résumé : Ouhla, non.
Mon avis :
"C'est pas un film que j'ai vu, c'est une expérience que j'ai vécu".
J'avais plusieurs fois lu à propos de Tetsuo, récemment je me suis rappelé qu'il faudrait que je le voie quand il a été cité dans une liste de Senscritique sur les folies japonaises gores d'aujourd'hui comme ayant été le film majeur qui a influencé les autres. C'est lorsqu'un type de Mad movies a fait un compte-rendu vidéo du Marché du film à Cannes en démontant Yakuza weapon, que j'ai bien aimé, arguant que de nos jours ces réalisateurs faisaient n'importe quoi, bien loin des films appliqués des années 80, que je me suis dit que je devais rattraper mon retard avec Tetsuo, car je sentais que c'est celui-là qu'avait le type en tête sans qu'il le cite.
Il est à la fois proche et bien loin de ce qui se fait aujourd'hui au pays du soleil levant et les alentours, en fait Tetsuo c'est un peu comme le produit de l'union entre un Godard et d'un Lynch japonais, qui auraient un goût pour le trash et l'outrance.
Tetsuo est en noir et blanc, tourné en 16mm, la caméra tremble dès les premiers plans, et ça sent la misère à plein nez. Je ne suis pas étonné en apprenant après le visionnage que l'équipe était réduite à son minimum, que le réalisateur a mis 2 ans pour faire son film, qu'il a fini tout seul pour le montage, et qu'il a fouillé dans des décharges pour obtenir de quoi réaliser son oeuvre.
Tsukamoto filme d'ailleurs une sorte de bidonville, et suit un personnage tandis qu'il rentre dans sa demeure qui est un petit chaos à l'intérieur, mais il le filme avec application, et une démarche artistique assez marquée. Même si on se retrouve après avec du désordre dans tous les sens, on voit que c'est voulu.
Un encart au début nous indique que ce film fait partie de la collection "regular-size monster", sûrement en opposition à ceux grands comme Gojira, et ici ce monstre de taille normale doit être Tetsuo, le pré-Tony Stark. On ne sait pas vraiment qui est ce Tetsuo, il ne doit pas y avoir plus de 10 lignes de texte dans le film, aucun personnage ne se nomme, mais je suppose qu'il s'agit du type qui s'enfile un tube en fer dans la jambe.
Pendant un moment j'ai pensé que le film nous montrait l'invasion de la technologie, créée par l'homme pour le servir mais qui se retourne contre lui, l'engouffre. Elle est montrée comme une maladie contagieuse, qui fait pousser des tubes et des boulons sur les visages des victimes qui sont entrées en contact physique avec un patient zéro. On se rend compte après que les outils mécaniques poussent sur un homme qui a écrasé le fou du début avec son tube dans sa jambe infectée, et que ce dernier cherche à se venger. Enfin les deux ne sont peut être pas incompatibles.
Difficile de vraiment capter ce qu'il y a à travers les images de toute façon, on peut comprendre certaines intentions avec certains des bizarreries auxquelles on assiste, comme quand deux interlocuteurs au téléphone ne font que se dire "moshimoshi", peut être une façon de décrire un quotidien creux qui tourne en rond, mais Tetsuo ce sont surtout des sensations qu'on ne peut pas forcément raccrocher à un sens.
Trois mots tous simples pour parler de Tetsuo : what. the.
fuck.
Mais ce serait trop facile, car c'est un WTF d'un genre spécial, pas le type à faire rire par ses excès et ses idées farfelues. Il y a bien des loufoqueries, mais qui ne sont pas du genre à amuser, plutôt à angoisser.
Même si on ne sait pas ce qu'il se passe et que tout est déréaliser, ou alors justement pour ça, on est fortement circonspect et anxieux à la vision de ce film. Les images qui virent dans tous les sens, le montage saccadé, créent un certain stress, tout comme la musique et les bruitages qui sont le fruit d'un travail formidable. Quand la peau est découpée ou les os de la colonne vertébrale écrasée, le son n'est pas du tout crédible, mais est d'une bizarrerie tout de même inquiétante. Le meilleur moment selon moi est lorsque l'homme (sans nom) fuit une femme avec un bras mi-humain mi-mécanique d'où jaillit un liquide inconnu, et qu'il se réfugie dans les toilettes. Tout coïncide pour retranscrire une sensation de grande angoisse. J'ai même sursauté peu après.
Il y a de très bonnes trouvailles visuelles, comme quand la caméra parcoure à toute vitesse une rue, comme si on avait le subjectif accéléré d'un personnage, avant qu'il ne se retrouve devant la caméra et qu'on le suive. Je ne vais pas trop décrire l'ambiance visuelle du film, c'est un grand fouillis anxiogène, il y a un tête qui s'agite dans une bulle, un pénis qui devient foreuse, du stop-motion qui a du prendre des lustres pour réaliser des transformations ou faire avancer des personnages sans qu'il bouge les pieds, comme s'ils étaient propulsés vers l'avant, des tubes et des fils comme des tentacules qui bougent dans tous les sens, ... enfin le mieux c'est de le voir tellement c'est intense. Trop intense même, pour moi du moins, j'en pouvais plus d'être tendu et angoissé à chaque instant à cause de ce qui défilait devant mes yeux et m'imaginant que ça risquait d'être comme ça tout du long. Ca ne dure qu'une heure et sept minutes, mais c'est chargé, et heureusement j'ai fait des pauses, car c'est assez éprouvant à vivre.
Au bout d'un moment c'était trop surchargé pour que je continue à faire attention, et ne rien comprendre devient embêtant, surtout qu'il semble quand même y avoir des enjeux, puisque deux des personnages sans noms s'affrontent. Leur seul échange n'aide pas trop à comprendre : l'un dit qu'il a muté alors qu'il avait un morceau de métal rouillé en lui, tandis que l'autre s'est transformé en utilisant un rasoir clean... qu'est ce qu'il veut dire par là ?
Finalement l'un fait partager la joie du métal à l'autre, peut être que c'est là qu'il voulait en venir ?
A la fin, me suis demandé comment ont réagi les gens du quartier où ça a été filmé quand un véhicule massif fait de papier mâché et de tubes en plastiques, en forme de grand phallus, est passé dans leur rue ?
Tetsuo correspond à un gros boulot pour un résultat de malade aux intentions peu banales, et qui a su surpasser son manque de moyens affreux. Il faut quand même savoir que, contrairement à ce que je pensais les 1h07 ne sont pas passées aussi rapidement que ça, ça a été un peu dur me concernant.
Un film à voir, à vivre, quand même, essayer du moins, pour ce qu'il représente.
Bande-annonce VO :
[video]http://www.youtube.com/watch?v=uROMTzJsfOI&feature=player_embedded[/video]