
J'ai opté pour le titre en langue originale de l'œuvre afin de différencier, en attendant les deux créations et ainsi écarter toute confusion.
The Borgias est un feuilleton télévisé (il y a une distinction à faire entre « feuilleton télévisé » et « série télévisée », ce sont deux dénominatifs qui qualifient deux produits différents) diffusé sur la chaîne américaine
Showtime. Il a été créé par Neil Jordan à qui nous devons
Entretien avec un vampire,
Nous ne sommes pas des anges,
À vif, ou, plus récemment,
Ondine. Le feuilleton se compose d'une série de neuf épisodes, et notez que suite à la réussite, au succès d'estime et d'audience et, par conséquent, à l'impact que cela a eu auprès du public, il fut renouvelé pour une nouvelle et deuxième saison. La première diffusion date du 3 avril 2011.
J'en faisais allusion dans l'en-tête,
The Borgias et
Borgia, création originale
Canal +, devenu véritable label et témoin de qualité et ingéniosité, sous la direction et la réalisation de Tom Fontana (scénariste et producteur de la série
Oz), sont deux éléments différents. L'une est peu médiatisée en France, du moins, (il doit en être autrement dans le reste du globe) quant à l'autre, elle profite d'un large affichage (ces publicités provocantes, au sens de qui suscite la curiosité dans l'indignation) promotionnelle urbain, ou par la multitude de bande-annonces diffusées sur la chaîne télévisée qui produit la série. Ils abordent toutefois la même histoire, seule leur façon de raconter l'histoire change. Ils ne s'attardent pas sur les mêmes faits. J'ai cru comprendre, car certains privilégiés ont eu accès à l'avant-première, que celle sous la réalisation de T. Fontana mettait l'accent sur l'accession au trône de Rodrigo de Borja, soit le pape Alexandre VI lorsque, et il m'est possible de vous le confirmer,
The Borgias l'essuie en moins de cinquante minutes. Nous pourrons d'ailleurs en parler sur un autre billet au moment de sa sortie, il serait intéressant de faire un comparatif mais nous y sommes, c'est une entame qui aurait le mérite d'être traitée en profondeur et d'être achevé par une analyse globale. Nous verrons cela sous un meilleur éclairage.
Je l'ai évoqué : l'accession au pouvoir de Rodrigo de Borja. En réalité, c'est plus que cela, c'est l'ascension de toute une famille, la famille Borgia. Toute la narration gravite autour de cette présence. J'ai premièrement noté que, malgré un volonté de la part des scénaristes d'imposer cet idéal qu'ils ont construit, comprenez par là : rester sur un centre familial et d'en extraire des bribes d'histoires qui présentent les personnages; tout finit par converger vers le personnage central, c'est-à-dire le pape, le patriarche. Et à cela s'ajoute le fait que certaines protagonistes qui composent le cercle familial du pape n'ont pas de réel intérêt ou du moins, ils n'ont pas été présentés de façon plus convaincante. Ils ne peuvent pas déformer la réalité, mais ils auraient pu romancer certains passages. Et nous y sommes : retranscrire la véracité de l'Histoire sous des traits lissés, c'est une option à laquelle tous les créateurs de séries se basant sur des faits réels, passés, qui ont eu lieu, souscrivent. Là, le choix a bien entendu été identique aux autres, mais ont fait en sorte de rester fidèle à l'histoire telle décrite et commentée par les historiens ce qui a tendance à leur permettre de ne pas tromper le public, mais aussi de ne pas l'ennuyer et le faire s'impatienter.
Mais l'histoire ne s'arrête pas là, vous vous doutez bien que ce n'est pas assez consistant, elle introduit des magouilles politiques (le fait d'acheter les voix des cardinaux en est une), les faits de corruption, la vie ecclésiastique. Les tumultes et tourmentes d'une époque qui baignait entre une foi perfectible (lorsque ceux qui sont censés prêcher les commandements religieux en viennent à douter, la population doit impérativement fuir) et la crainte que le ciel leur tombe sur la tête. Elle retranscrit les évènements de façon très linéaire et sensiblement exacte (par rapport à ce que nous connaissons, mais n'ayez aucune crainte, la Renaissance, c'est une période qui n'a plus d'inéquation pour les chercheurs et historiens, nous disposons d'assez d'éléments pour connaître le mode de vie avec perfection).
Je la trouve, hélas, excessivement timide. Elle aurait pu aller au-delà sur certaines positions. Le choix est délibéré, mais un engagement plus cru aurait été adéquat. La série
Borgia, pour reprendre la juxtaposition des deux œuvres là où nous l'avions laissée, promet de faire aucune impasse, donc, c'est à voir. Je peux, pour terminer, comprendre qu'elle soit contestable, mais dans l'ensemble, c'est un feuilleton télévisé très intéressant, avec sa part de suspens, son caractère, ses figures charismatiques, son poids; ce tout nous livre une série historique dramatique profonde. Je suis très persuadé que la seconde saison sera plus directe, la première ayant permis d'introduire la première phase de découverte, la seconde sera plus épurée et ira à l'essentiel. Je vous la recommande néanmoins, malgré les critiques.